Séance 24 du 11/04/18

Par Sylv

Extraits du journal personnel de Jasken
[Camp Sombrage de Nilheim, 29 Soufflegivre 4E201]

L'obtusité de l'esprit humain n'a décidément pas de limite. Nous croupissons sous cette tente alors que lentement le monde glisse dans le chaos. La seule personne censée pouvoir nous sauver est retenue par le bon vouloir d'un petit chef qui fait du zèle. Il pense que sa petite rébellion est le plus gros problème de Bordeciel. Sans doute même se considèrent-t-ils, avec ses hommes, comme des héros. J'ai déjà entendu les bardes à la petite semaine de certaines auberges chanter à la gloriole de ces “vrais enfants de Bordeciel” qui combattent sans répit pour se libérer “de l'oppresseur”. Ah ! Laissez-moi rire. En attendant qui va se faire tailler en pièces dans les entrailles des tombeaux nordiques ! Je ne l'y ai pas vu cette grande gueule de Norven Echor affronter les morts-vivants !

M'est avis que ça suffirait a effacer ce petit air suffisant de son visage ! D'autant que ces monstres paraissent se renforcer de jour en jour. Nous avons eu beaucoup plus de difficultés à en venir à bout cette fois que dans le Tertre des Chutes Tourmentées. J'ai bien cru que notre dernière heure aller sonner. Que ferons-nous si leur nombre et leur puissance croissent encore et que tout le monde réagit comme ces Sombrages ? Peut-être que l'échec prophétisé par Ragnhar est inéluctable dans de telles conditions. Je repense également à cette étrange amphore trouvée près du mur où Elcor s'est imprégné d'un nouveau mot de pouvoir. Elle paraissait avoir été scellée par des symboles daedriques et contenait le même liquide noir que Muth avait déjà récupéré. Cette fois son expérience en le répandant sur du papier s'est résumée à deux lettres : F et R. Impossible d'en comprendre le sens, s'il y en a un.

J'ai rarement éprouvé autant d'aversion pour quelqu'un que pour ce Norven. Son ardeur à accomplir son devoir. La petite étincelle de fierté dans ses yeux lorsqu'il s'est vanté d'avoir décimé la colonne impériale. A-t-il simplement lancé ses hommes à l'assaut du haut de son point de vue ou retire-t-il autant de plaisir qu'on peut l'imaginer à tremper sa lame dans le sang des soldats impériaux (En tout cas je suis sur que Scevyn, cette furie blonde qui l'accompagne, à pris part au massacre le sourire au lèvres) ? Ont-ils massacré tout le monde, y compris mon frère, ou ont-ils fait des prisonniers ? Je crains qu'il soit malheureusement impossible d'en apprendre plus sans eveiller de nouveaux soupçons à notre encontre, il faut choisir ses combats et celui-là n'est pas le plus urgent.

Quoi qu'il en soit, nous étions encore partis pour une nouvelle nuit sans repos. La nuit précédente, que nous avons passé dans l'auberge déserte à Fort Ivar, n'a été reposante pour personne je pense. Il était impossible de ne pas repenser à la totale opposition avec notre précédente visite. Je n'ai quasiment pas fermé l'oeil depuis que nous avons quitté le Haut Rotghar. Le visage de Lynly bleui par le froid et la mort hante chacune de mes maigres heures de sommeil. Même les vers que je lui ai écrits finissent pervertis dans chacun de mes cauchemars. Mais je ne l'ai vu nulle part et si Narfi a pu s'en tirer, j'ai espoir que d'autres ont pu également s'enfuir.

Mais nous avons à nouveau partagé un cauchemar encore plus horrible cette nuit là. Ou plutôt comme depuis que Raghnar nous a rejoint un de ses souvenirs refoulés. Ce que nous y avons vu est tellement affreux… Il semble que les doutes d'Uhr sur Cassandra soient fondés. Qu'a ressenti Raghnar à revivre cette funeste nuit où il a perdu sa mère alors qu'il était si jeune. Et de se voir remémorer que celle qui lui a si violemment arrachée est une de ces personnes qu'il révère quasiment comme une Sainte ! Je ne pense pas que la situation de Cassandra soit plus enviable. Elle a dédié sa vie à la destruction du mal et se voir ainsi corrompue dans le souvenir de Raghnar… Je n'ose imaginer la torture que cela représente pour l'un comme pour l'autre. Je pense d'après les confessions de Cassandra que l'homme du rêve est son père, celui-la même qui l'a condamné à ce destin ! Une épreuve de plus qui s'ajoute à ce que nous allons devoir surmonter ensemble car je suis convaincu que l'unité reste notre seule planche de salut, est-ce qu'après cette nuit tout le monde partagera ce sentiment ?