Séance 3 du 31/05/17

par Jasken

Ma douce Arianna,

Je tiens d’abord à m’excuser humblement. Cela fait un long moment maintenant que je ne t’ai écrit pour te tenir informée de mes errances en ces terres sauvages de Bordeciel. Mais à ma décharge, ces dernières semaines ont été plus que chaotiques, j’ai même plus d’une fois failli te rejoindre plus tôt que prévu ! Je ne cherche pas d’excuses mais si l’on ajoute à cela ces brigands qui ont éparpillés aux quatre vents l'intégralité de mes notes, je suis sûr que tu comprendras mon impossibilité de t’écrire plus tôt.

Je prends donc le temps de coucher sur ce parchemin ces quelques lignes car la situation est telle ici que je ne sais pas quand j’aurais le temps de t’écrire à nouveau.

Mais laisse moi reprendre tout depuis le début … ou presque…

J’ai quitté le confort de Solitude il ya quelques semaines maintenant et j’ai décidé d’en profiter pour visiter Bordeciel.
Mes pas m’ont conduit jusqu'à Epervine où j’ai eu la joie de croiser de charmants khajiits qui m’ont invité à rejoindre leur caravane. Ces gens sont tout bonnement fascinants et non seulement ils savent apprécier mon art à sa juste valeur, mais ils savent également prendre le temps de profiter de la vie. Ceci dit, il convient à mon sens, de garder une once de méfiance à leur égard car tous ne sont pas très regardant sur les questions d'honnêteté.

Néanmoins, ils font d’excellents compagnons de voyage et j’étais même tenté de les suivre jusqu'à leur chaude contrée, cela m’aurait changé de ce froid perpétuel qui règne ici. Bref avant de rejoindre les sables chauds d’Elsweyr nous devions faire une halte dans un village perdu dans la montagne de nordiques primitifs (et ce n’est pas un pléonasme, par conséquent je te laisse imaginer les conditions de vie plus que rustiques et les rustres qui y vivent !).

Malheureusement, le khajiit qui guidait la caravane a dû abuser du Skooma la veille et ne pas entendre l’appel des Lunes qui l’enjoignaient à changer ses plans, car notre convoi fut sauvagement attaqué par des bandits.

Ô Arianna quelle tuerie ! Je vais t’épargner les horreurs dont j’ai été témoin mais malgré les apparences ce ne peut être des hommes qui ont gratuitement massacrer tout le monde. Aucune reddition ne fut acceptée et sans aucun honneur ces marauds ont sauvagement achevé les khajiits qui avaient déposé les armes. Je ne sais moi même comment, par quel miracle, j’ai eu la vie sauve. Ces monstres étaient certainement repus de sang et se sont contentés de profaner mes maigres possessions (c’est à ce moment que mes notes et la quasi intégralité de mes œuvres écrites durant mes études à l’Académie ont été perdues ou détruites, ces gougnafiers ne respectent vraiment rien ! ). Leur chef, un scélérat qui arborait un masque repoussant fait des os d’une quelconque charogne, semblait pressé et a finalement mit un terme à leurs amusements. Heureusement ils n’ont pas trouvé ta dernière lettre que je garde toujours au plus près de moi.

C’est donc attaché à un arbre, livré en pâture aux bêtes sauvages qui hurlaient déjà à la perspective de ripailler de ma chair que je me voyais finir mes jours, réfléchissant déjà à mon requiem. Mais le destin m’a envoyé un sauveur sous la forme d’un des habitants de ce village dont je t’ai parlé précédemment. Je n'ai jamais été aussi heureux d’accueillir une telle brute. Je dois avouer que leur mode de vie primitif leur permet visiblement de développer des dons de survie particulièrement aiguisés. Il a avec brio fait fuir la meute en tuant vaillamment les loups les plus menaçants. Bref, malgré son impolitesse (je ne parlerai pas de grossièreté eut égard à son courage), mon sauvage sauveur m’a conduit jusqu'à son village afin que je relate à leur chef (qui s’avère être sa sœur, mais c’est une autre histoire ! ) le tragique destin de la caravane qui devait les ravitailler avant l’hiver.

Je vais t’épargner les quelques jours que j’ai passé au village mais il semblerait que pendant ce laps de temps une intrigue plus complexe fut mise à jour. Des mages de l’Académie de Fortdhiver ont rallié le village avec pour guide Uhr, un prêtre itinérant et pour escorte Cassandra une très jolie représentante des fiers Vigiles de Stendhar (si tu veux mon avis une si jolie demoiselle ne devrait pas gâcher ses belles années à manier des objets tranchants, mais tu sais comment sont ces nordiques, ils n’ont même pas la bienséance de traiter la gente féminine avec les égards qui lui sont dûs). Tout ce petit monde semblait s’exciter à propos d’un vieux Tertre abandonné dans les parages du village et je n’ai tout d’abord pas accordé beaucoup de foi à leur divagation. Les Nordiques sont très superstitieux et j’ai dans un premier temps mis tout cela sur le compte de leur excessive crédulité. J’ai donc préféré rester me réchauffer avec mon nouvel ami Muth’Sera, un altmer novice de l’Académie des mages. Il avait dans ses bagages quelques bonnes bouteilles et il est toujours plaisant de vider quelques verres avec quelqu’un de cultivé qui sait converser (d’autant que ma collection de crus millésimés a été pillée sans vergogne par les brigands, comme s’ils étaient capables d’en apprécier la subtilité et la délicatesse !).

Mais la situation a rapidement dégénérée et le village s’est retrouvé en alerte. Une expédition pour examiner avec les pisteurs du village les lieux de l’attaque ont permis d’apprendre que ces manants risquaient à tout moment d’attaquer le village. Expédition à laquelle ils m’ont trainé sans aucune considération comme si mon récit détaillé ne leur suffisait pas, ces Skaals n’ont vraiment aucun savoir vivre concernant les lois de l’hospitalité. Et comme si c'était le moment de perdre de vaillants bras, 2 hommes ont vraisemblablement péri durant cette expédition. Une nuit, alors que tous les accès au village étaient gardés, Elcor et Cassandra ont découvert que l’un des hommes en faction avaient été assassiné et mutilé. Cela a beaucoup remué Frea, la chaman du village qui était étrangement pressée de procéder au rite funéraire en vigueur chez eux. D’interminables discussions ont alors eu lieu sans que je comprenne pourquoi. Visiblement Frea dans un entretien privé avec Uhr, le prêtre qui avait guidé les mages jusqu’ici, l’a adjuré de quitter le village dès la fin des funérailles et d’emmener Elcor avec lui chez une connaissance à Rivebois, une certaine Lyvren de Dorn la Rouge dont j’ai appris ultérieurement qu’elle et la chaman étaient vraisemblablement affiliées à la même organisation que mon vieil ami Lucius, tu imagines ! Elcor s’est laissé convaincre malgré ses réticences initiales et je suis pour ma part immédiatement parti préparer mon baluchon. Il était hors de question que je reste en arrière dans ce village qui plus est dans la situation actuelle, et en plus je me devais de rester auprès d’Elcor jusqu'à ce que je rembourse ma dette envers lui comme je lui avais promis ! C’est à ce moment que Cassandra puis Muth’ et ses comparses ont décidé de tergiverser pendant des heures, visiblement insensibles au danger imminent qui nous guettait tous.

L’heure des funérailles approchait, Elcor a annoncé son départ, moins bien accueilli par son père Storn que par sa soeur Fanari. Muth semblait fasciné par le corps attendant pour son dernier voyage (étrangement Frea l’avait fait attacher sur le bûcher comme si elle savait exactement ce qui allait se passer) et Cassandra était concentrée sur la garde du village. Finalement le moment de dire adieu à Nikulas est arrivé, j’avais même préparé quelques vers pour rendre hommage à ce jeune guerrier fauché à l’aube de sa vie et j’attendais que chaque habitant du village lui ai fait ses adieux. Mais alors qu’Elcor disait quelques mots, Nikulas ouvrit les yeux et s’est exprimé d’une voix caverneuse dans une langue étrange que je n’avais jamais entendue. Frea, promptement, jeta son flambeau afin d’enflammer le bûcher et simultanément, Storn abattit sa hache sur le corps non mort. Avant d’expirer définitivement, Nikulas prononça clairement des mots que je n’oublierai jamais tellement la scène m’a glacé les sangs : “l’enfant livrez nous l’enfant”.
A ce moment toute raison a déserté les lieux. Je ne sais comment le dire autrement et crois moi je n’exagère pas pour rendre les faits plus épiques qu’ils ne l’étaient. Je vais te le relater aussi simplement que possible : une horde de mort vivants a déferlé sur le village. Immédiatement, Frea à ordonner à tout le monde de faire retraite et de la suivre chez elle. Malheureusement la culture combative des nordiques étant encore plus exacerbée chez les Skaals, une grande majorité d’entre eux s’est ruée dans la mêlée, Elcor le premier, Cassandra pas loin derrière.

Alors que les Skaals tombaient un à un, n’écoutant que mon courage je décidais d’attendre sur le champ de bataille afin d’encourager tous ces braves guerriers d’un chant martial de ma composition. Malheureusement Fanari s’effondra également et à ce moment Elcor a perdu tout contrôle et à lâcher un cri inhumain qui a littéralement déchiré les cieux. Une tempête s’est levée sur celui qui avait tué sa sœur. J’ai cru avoir perdu la tête et que l’excitation de la bataille faisait resurgir en moi les vieilles légendes nordiques sur l’Art antique de la Voix, mais alors que peu à peu nous nous repliions vers la demeure de la chaman, j’ai entendu que certaines des créatures qui nous assaillaient utilisaient également des cris pour balayer les Skaals qui défendaient vaillamment leur village comme des fétus de paille.

Dans le chaos du combat, personne n’a vu venir ce qu’il se produisit alors : un mage en retrait sur les contreforts de la montagne a fait déferler sur la place du village une énorme boule de feu qui en explosant a mis à mal les quelques défenseurs déjà en difficulté. La situation étaient vraiment périlleuse, Frea hurlait sans cesse de se replier dans sa hutte mais tout le monde était aux prises avec ces squelettes répugnants et autres mort-vivants. Elcor semblait totalement ivre de vengeance et n’écoutant que mon courage, j’ai du aller le chercher moi même. Je ne suis pas peu fier de t’annoncer que j’ai vaillamment terrassé son ennemi alors qu’il allait sans nul doute mettre fin à ses jours ! En revenant près de Frea j’ai jeté un rapide coup d’œil autour de moi pour voir que les deux camarades de Muth étaient également tombés et ce dernier a fini par se résoudre à se replier à contre cœur. Alors qu’Elcor était enfin en sécurité avec Muth, tous deux suivis de près par Uhr qui, je dois le signaler a fait honneur à Kynareth en permettant tout au long de la bataille à la fois de contenir les vagues d’assaillants qui arrivaient sans cesse et de maintenir la vaillance des défenseurs ! Alors que j’allais moi même me mettre en sécurité dans le foyer de la chaman j’ai aperçu Cassandra qui semblait ne pas vouloir rompre le combat. Quand je te dis que ces nordiques sont des têtes de mule (Jolie tête dans son cas mais tout de même) ! Alors tu me connais, je ne pouvais pas aller me cacher comme un couard alors qu’une jeune femme était en péril, alors je suis resté à couvrir ses arrières en la suppliant de venir nous rejoindre, ce qu’elle a finalement fait (certainement ne pouvant résister à mon charme naturel).

Une fois dans la maison de Frea, celle-ci nous a précipitamment fait descendre dans une cave au bout de laquelle se trouvait un tunnel dissimulé. Elle nous a alors rappelé d’aller à Rivebois voir cette Lyvren de Dorn la rouge de la part de Loriin de Virn du Cercle Blanc (c’est alors que j’ai compris le lien avec Lucius qui m’a lui même avoué faire parti du Cercle Noir lorsqu’il m’avait raconté un soir - ou un matin - la bataille durant laquelle il a repris Imperial City au Général Naarifin avec ses acolytes). Frea est restée en arrière pour couvrir notre fuite, et ces longues minutes dans cet interminable tunnel de glace ont été les plus terrifiantes de ma vie. Longtemps les bruits de combats nous sont parvenus et j’ai entendu Frea et le mage ennemi incanter des sorts tour à tour. Mais le plus terrible c’est ce rugissement d’un autre monde, qui a résonné au plus profond de nos carcasses et ce fut ensuite comme si Oblivion avait une fois de plus déferlé sur nos terres…

Je ne sais plus combien de temps nous avons mis pour sortir à l’air libre. Ni combien de temps nous avons marché avant de nous arrêter pour nous reposer. Tout le monde semble sous le choc et essaye de donner un sens à ce que nous avons vu et surtout à ce que nous n’avons pas vu. Le feu qui me permet d’avoir assez de lueur et de chaleur pour t’écrire commence à faiblir et je n’ai plus de quoi l’alimenter. A toi qui me connait mieux que je ne me connais moi-même, je n’ai pas honte d’avouer qu’après tous ces évènements je n’ose pas m’éloigner de mes camarades d'infortune pour aller chercher du bois. Mais l’aube ne devrait plus tarder alors je vais arrêter là pour aujourd’hui et aller réveiller les autres.

Avec tout mon amour,
FVdC