Séance 36 du 17/07/18

par Jasken (Sylv)

Aria,

Je prends la plume une dernière fois pour t’écrire une nouvelle lettre que tu ne liras jamais.

Je sais bien que ce qui s’est passé n’était qu’un rêve, un écho de mes souvenirs les plus sombres incarnés par la magie perverse de cet être non moins pervers qu’est Vaermina.

Mais… j’ai passé tant de temps et d’énergie en vain pour tenter d’oublier cette vision de toi gisant au milieu de tout ce sang, qu’y être confronté à nouveau de manière aussi violente… J’ai beau tout faire, ton sang entâche toujours mes mains à chaque fois que je baisse mon regard vers elles.

Mais je sais aujourd’hui comment les laver à jamais, ôter cette souillure qui me hante depuis trop longtemps. Je dois le faire payer et quand ce sera le vermeil de sa vie qui parera mes mains, ce jour là, enfin, je pourrais tenter de trouver la paix.

Je sais que tu m’as demandé de les pardonner. Tu sais aussi que tu étais bien meilleure que moi. Et je sais que ce n’était pas vraiment toi qui te tenais devant moi. Même si je dois au moins remercier Vaermina de m’avoir offert une dernière image de toi qui ne me hantera pas. J’aurais tellement voulu te rejoindre, rester, prolonger l’illusion… Mais j’imagine que ce n’était pas l’heure et Muth s’est assuré que je passe ce damné portail avant lui…

Quoi qu’il en soit les pardonner n’est pas en mon pouvoir. Comment le pourrais-je…

Aussi loin en arrière que remontent mes souvenirs d’enfant, quand je pense à notre père je ne vois que son regard désapprobateur, je n’entends que sa déception et ses reproches. Je n’ai jamais été assez bien pour lui. J’ai fait des efforts, j’ai essayé, vraiment… Mais ce n’était jamais suffisant. Lorsque Mère nous a quitté, c’est vrai, j’ai arrêté de tenter de ressembler à ce qu’il attendait de moi. J’ai découvert que je pouvais vivre pour moi. Et pour toi. Mais il ne pouvait pas tolérer ça très longtemps, n’est ce pas ? Je n'étais plus un enfant, je n’avais plus peur de lui, et il n’avait rien pour me contraindre à me plier à ce qu’il attendait de moi. Et avec toute l’arrogance et la naïveté de l’adolescence j’ai cru que je pourrais lui tenir tête que je m'étais absous des responsabilités qu’il voulait faire peser sur moi.

Ai-je été égoïste ? Irresponsable ? Frivole et insouciant ? Oui, certainement. Est-ce que ça lui donnait le droit de t'utiliser contre moi ? De te vendre au plus offrant comme du bétail, de te lier à jamais à un homme assez vieux pour être ton père, à la réputation douteuse qui plus est ? De sacrifier son plus jeune enfant quand le plus âgé refusait de plier ? Mais il savait parfaitement ce qu’il faisait. Je l’ai supplié jusqu'à en avoir les genoux en sang, il n’a rien voulu entendre. J’ai lu la victoire dans son regard quand le mien s’est éteint dans la défaite. Il avait trouvé le moyen infaillible de me faire entrer dans le rang, de prendre la place qu’il avait prévu pour moi, de s’assurer de mon obéissance contre le pouvoir de changer les termes de l’alliance qu’il avait prévue pour toi.

J’avais fini par accepté mon sort, mais bien sûr toi tu savais. Du moins tu te doutais de quelque chose. Pourquoi a-t-il fallu que tu me pousses à bout ce soir là ? Si tu avais pu accepter les faits comme je m’y étais résigné tout serait tellement différent aujourd’hui… Mais non tu as su activer tous les leviers qui me ferait sortir de mes gonds, jusqu'à me contraindre à tout te dire. Et à aller noyer tout ça dans des litres d’alcool.

Lorsque mes camarades et moi sommes arrivés aux abords de notre résidence d’été, je savais au fond de moi ce que j’allais y trouver. Par contre je n’aurais jamais cru être témoin des manigances de ce traître de Caïus. Quand je pense à toutes ces années durant lesquelles j’ai craint de me retrouver face à lui, rongé par la culpabilité et la honte. Je l’aurai laissé exercé n’importe quel châtiment qu’il estimait juste à mon égard. Je l’ai espéré même.

Quand nous avons observé cette Althéa lui remettre en toute discrétion cet étrange parchemin, je n’ai pas compris tout de suite pourquoi une mage réputée de la cour impériale comme Lilith Phiappera envoyait son apprentie traiter en secret avec lui, ni pourquoi Vaermina tenait à ce que nous en soyons témoins. Et puis les autres m’ont forcé à entrer dans le parc. Nous avons arpenté ces allées tellement de fois, toi et moi… Mais c’est la vision de ce jour fatidique qui restera à jamais associée dans ma mémoire à ce jardin, et c’est évidemment celle que Vaermina m’a infligé. Et l’instant d’après j’étais à nouveau agenouillé dans cette mare de sang serrant ton corps sans vie, réduit à néant, incapable de bouger ou de me préoccuper de ce que disaient ou faisaient les autres autour de moi. Lorsqu’Uhr a voulu lire la lettre que tu m’as laissé, j’ai repris mes esprits, il n’avait pas le droit de s’immiscer dans quelque chose d’aussi intime. Quand Muth a soutenu que de la magie imprégnait le parchemin et qu’il y avait de grandes chances que ce soit celui qui avait été remis à Caïus j’avais du mal à donner un sens à tout cela. Ils voulaient examiner la dague plantée dans ta poitrine… Pourquoi est-ce qu’ils ne pouvaient pas simplement nous laisser en paix ?

Et puis quand j’ai entendu la voix de Caïus, m’accuser de t’avoir tuer de mes propres mains, le temps s’est comme ralenti, arrêté. J’ai revu ce qu’il s’est passé la première fois, quand je t’ai conduit devant notre père pour qu’il admire son oeuvre, qu’il voit ce qu’il t'avait poussé à faire pour ne plus être un outil dans notre conflit perpétuel. Quand j’ai laissé la colère prendre le contrôle jusqu'à reprendre mes esprits à côté de son corps qui gisait près du tien.

Mais cette fois Caïus se tenait fièrement en haut des marches aux côtés de notre père et de son escorte personnelle. Je n’ai vu dans ses yeux aucune tristesse, aucune colère, juste une pointe de satisfaction. Et tous les éléments se sont connectés entre eux. C’est lui qui a enfoncé cette dague dans ton corps, qui a laissé cette lettre près de toi pour que je crois à ton suicide. Nous n’avons jamais été proche lui et moi mais il savait que je ferai quelque chose de stupide et j’ai agi au delà de ses espérances. Ce qu’il voulait obtenir par la plus vile des perfidies je lui aurai donné avec le plus grand plaisir, les titres, l’argent, tout. Je lui aurait cédé le coeur léger, trop heureux de m’en débarrasser. Mais non il a comploté pour nous éliminer de la succession de la plus vile des manières, et au final il n’est même pas parvenu à ses fins puisqu’il croupit dans les geôles des rebelles Sombrages.

Pour me prendre ce dont je n’ai jamais voulu, il m’a pris la seule chose qui comptait pour moi. Il m’a manipulé, s’est servi de moi et jamais un seul instant je n’ai soupçonné quoi que ce soit. Je n’étais plus vraiment aux commandes lorsque je me suis jeté sur lui. Je n’ai jamais levé une arme avec autant de conviction. Mais les gardes de mon père m’ont empêché de l’atteindre et malgré l’aide de Muth, c’est ensuite cette maudite panthère infernale qui m’a empêché de le rattraper.

Je n’ai jamais souhaité quelque chose avec autant d’ardeur mais aujourd’hui, j’ai un but et je ferai tout ce que je peux pour y parvenir. Je lui ferai payer ses crimes, à lui et à tous ceux qui ont trempé dans ses manigances. Et tes paroles d’adieu avant que je ne passe ce portail n’y pourront rien changer…

Bien plus tard, alors que nous arpentions le cauchemar d’Uhr, Muth a fini par me révéler une autre de ses découvertes. Que la dague qui t’a oté la vie n’était pas une simple arme. D’après lui il s’agirait de Rasoir, l’artefact légendaire de Mehrunes Dagon. S’il a raison il ne t’a pas simplement tuée. Il t’a condamnée à une éternité de souffrance en Oblivion.

Je parviendrai à comprendre comment il a pu entrer en possession de cet objet maudit qui a pris ta vie et ton âme. Et un jour, un jour je sais que je quitterai ce monde et je trouverai le moyen de te rejoindre en Oblivion. Je trouverai un moyen d’y parvenir et je ne reculerai devant rien pour y arriver.

F.

par Heedio

Journal d’Urh Everson, prêtre de Kynareth

Quelque part dans les terres de Vaermina.

Le monde de Vaermina est vraiment étrange. Nous plongeons successivement dans les souvenirs d’Elcor puis de Jasken. Tour à tour nous affrontons leurs démons du passé et apprenons moult informations sur celui-ci. À quoi dois-je m’attendre ? Quand mon tour viendra-t-il ? À quel jeu Vaermina joue-t-elle ? Certes, de nouvelles informations ont vu le jour pour tous les deux, mais était-il vraiment nécessaire d’ouvrir à nouveau ces plais non cicatrisées ?
A peine, la troisième porte franchie que mon cœur se met à battre plus fort. Je connais cet endroit. Ugus se délecte de garder le mystère. Mais très rapidement nous apercevons la capitale de , les forêts et plaines qui ont servi de champs de bataille lors de la Grande Guerre contre les Altmers.

Mon ventre se noue, mes jambes flageolent. À quels démons de mon passé souhaite-t-elle me confronter. Ma responsabilité pour tous ces Nordiques qui ont péri en me suivant à une mort certaine, car il croyait en mon combat ? Ma défection de mes engagements face à l’empereur ? Ma descente aux enfers parsemée de vols et de beuveries inimaginables ?

Il faut que je sois fort et que je ne montre pas mes faiblesses. L’unité du groupe avant tout.

Nous approchons de la clairière ou j’ai donné mon dernier combat pour l’empire. Ce fut le plus grand charnier que j’ai connu. Tant de frères et d’Altmer sont tombés pour rien. Tant de vie perdue qui aurait mérité de continuer, alors que moi seul survivant, ne le méritait pas.

C’est alors que nous sommes attaqués par mes démons. Des fantômes qui me reprochent d’être encore en vie. Ils parlent de me le faire payer. Mais un certain Raegon serait parti me faire payer le prix fort. Est-ce lui le responsable du suicide de ma mère ? Que lui ai-je fait pour mériter sa haine ? Je ne le connaissais qu’en simple homme du rang. Mon père aurait-il été infidèle et aurait-il eu un bâtard ?

Mon sang ne fait qu’un tour et je me jette tête baissée dans le combat. Je tente de repousser les fantômes, mais ils résistent. Malgré ma folie, les autres viennent à mon aide et nous les affrontons ensemble.

Alors que les coups pleuvent et que la magie opère, les fantômes ne manquent pas d’être lochassent. Ce Raegon est mon demi-frère. Je le hais, mais je ne le connais même pas. Pourquoi me l’avoir caché ? Je déteste mon père que j’ai tant chéri pour cela. Il aurait dû m’en parler. Tout cela est de sa faute, de leurs fautes.

Nous finissons le combat. Mes pensées se bousculent. Je connais l’identité du meurtrier de ma mère et je vais lui faire payer cher son acte. Ugus, pareille à elle-même, nous laisse peu de temps pour réfléchir et nous presse le pas. Nous arrivons à la porte-Sud de la capital, point de rendez-vous avec l’empereur. Point que je n’ai jamais rejoint après le charnier que je venais de créer et les mots de cet Altmer qu’il m’adressa juste avant de mourir dans mes bras. Ugus ne se gêna pas pour annoncer que je ne n’avais pas tenu mon engagement envers l’empereur. Mais peu importe, ce qui est fait est fait, et j’avais de bonnes raisons.

Alors que nous traversons la porte-Sud, nous nous retrouvons à Blancherive dans un endroit que je connais que trop bien. Le grand arbre n’est plus. Mon sang se glace. Ugus de sa voix suave et hautaine, suppute que je dois savoir ce qui se passe et me demande pourquoi je n’ai rien fait pour empêcher la mort du Vermidor et par conséquent celle de Danica, ma douce et tendre Danica.

Alors que je retiens mes larmes et mon envie de hurler, je balbutie simplement que je n’ai pas eu le temps.

Le temps, je l’avais. Pourquoi est-ce que je suis restais avec eux ? Dois-je faire passer la prophétie avant la vie de ma promise ?

Je ne sais plus que penser ? Le Vermidor était mourant, mais rien n’était urgent. Alors que toutes ces informations se bousculent dans ma tête, alors qu’elles tournent et tournent et que je sens que je vais défaillir, les dernières paroles de cet Altmer mourant me reviennent à l’esprit. Paroles, qui depuis ce instant, ont hanté mes jours et mes nuits.

Suis-je arrivé au bout de mon chemin ? Dois-je en finir avec tout cela ?

Non, une petite voix en moi me pousse vers la porte du temple de Kynareth où, dans ce rêve, repose en paix Dame Danica. Je m’en approche doucement, craignant ce que je vais découvrir derrière. Mais je garde une lueur d’espoir, car le Primarbord m’a bien laissé entendre que je pouvais sauver le Vermidor.

J’avance.

Doucement, je pousse la porte sous le regard espiègle d’Ugus.

Je la franchis.

Tout devient sombre.